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Shadow of the Beast IV

Première partie

beast3_09Cela avait été rudement difficile, mais Aarbron était parvenu à rassembler les artéfacts que lui avait réclamé Rekann. Faisant face au vieillard décrépi, il posa à ses pieds le crâne de Louq-Garou, la lourde masse d’arme du redoutable Pendek, une fiole contenant la Quintessence de l’Être, ainsi que les deux cristaux de Hodag qui miroitaient tels des joyaux. Rekann s’était voûté plus qu’il ne l’était déjà afin d’observer ce fabuleux trésor. Il tendit les deux bras comme s’il avait eu l’intention de s’en saisir, mais ses mains s’arrêtèrent à quelques centimètres, alors que son visage esquissait une grimace de douleur. Il respira profondément, se redressa et parla d’une voix frêle : « Tu as accompli la lourde tâche que je t’avais confié et en ce sens, tu as été remarquable. A moi d’accomplir la mienne… ». Rekann ferma les yeux puis serra les poings. Le sol sembla frémir sous les pieds d’Aarbron et le ciel s’obscurcit. Les quatre artefacts s’étaient élevés dans les airs et flottaient désormais à hauteur de visage. Quand Rekann ouvrit à nouveau les yeux, les quatre objets magiques fusionnèrent, formant une boule blanche éclatante dont l’intensité lumineuse aveugla Aarbron. Mais avant qu’il ait eu le temps de lever un bras pour se protéger les yeux, il sentit que la boule investissait son corps et l’imprégnait de sa magie. Ses blessures cicatrisaient déjà, alors qu’une force nouvelle semblait à présent couler dans chacune de ses veines et alimenter chacune de ses innombrables cellules.

Aarbron tituba une seconde, mais lorsqu’il retrouva pied, il sembla à Rekann qu’il avait devant lui un autre homme, un homme qui aurait pu faire cesser d’un battement de cil le mal qui régnait encore à Karamoon.

Aarbron savait qu’il était temps pour lui de partir à la recherche de son ennemi juré. Sans dire un mot, il tourna les talons et s’en alla en direction de la montagne. Il ne savait pas exactement pourquoi il avait choisi de prendre ce chemin, c’était en fait comme si tout son être était poussé par une force mystérieuse.

Après plusieurs heures de marche, Aarbron arriva dans une lugubre vallée, où l’herbe tendre luttait pour survivre au milieu d’un marécage de boues et de fluides acides. L’air semblait vicié, et l’atmosphère lourde d’une présence malsaine. Aarbron avança, faisant tout particulièrement attention à ne pas mettre un pied dans l’eau glauque de laquelle émanait de petites fumerolles. Devant lui, il ne s’emblait rien y avoir, que le marécage à perte de vue ; l’instant d’après, Maletoth se dressait devant lui, plus gigantesque et plus terrible que tous les ennemis qu’il avait déjà eu à affronter.

Pas un mot ne fut échangé, alors que Maletoth et son affreux visage aux yeux révulsés fendait déjà l’air et que ses mains s’apprêtaient à s’abattre sur le jeune homme. Aarbron esquiva et bondit tel un cabri pour atteindre un carré d’herbe saine. Plus loin, Maletoth faisait déjà volte face et révélant de cruelles dents encadrées par de vilaines babines, reprit sa course effrénée.

Aarbron n’écoutait que son corps et celui-ci lui disait de frapper, alors il tendit le bras droit et une terrible lumière jaillit de sa main pour aller frapper Maletoth au visage.

Le monstre était blessé et son sang se répandait sur la vase, formant bientôt une mare noire. Dans les yeux du monstre, Aarbron crut lire d’abord le doute qui le rongeait, puis la peur. Pour la première fois, Maletoth ressentait une angoisse qui lui serrait la gorge et quil’empêchait de hurler sa douleur. Mais Maletoth se reprit, car il savait que quoi qu’il arrive, le mal vivant en lui continuerait de vivre après lui. Alors il se remit à charger, mais les coups que lui portait Aarbron se faisaient de plus en plus précis, de plus en plus violent.

Quand Maletoth put enfin hurler, l’instant d’après, il s’effondrait et mourait. Mais avant que son cadavre ait eu le temps de toucher le sol, son organisme corrompu par le mal se désintégra sous les yeux d’Aarbron, voûté par la fatigue du combat.

Aarbron, en nage, reprenait difficilement son souffle; sa force surnaturelle semblait l’avoir abandonné au moment où il avait vaincu Maletoth. Recroquevillé, les mains appuyées sur ses genoux, il ne pouvait voir ce qui se tramait devant lui. Certes Maletoth était mort, mais l’énergie maléfique qui le rongeait depuis toujours, continuait d’exister et réclamait à présent un nouvel hôte. Et cet hôte était tout désigné en la personne d’Aarbron qui se tenait impuissant à proximité…

La noire boule d’énergie, concentré de pur mal, fila à toute allure vers Aarbron et le percuta de plein fouet dans l’abdomen. Notre héro, le souffle coupé, fut projeté tel un pantin désarticulé en arrière et alla s’écraser contre un rocher, au pied duquel il resta étendu pendant de longs instants.

Quand Aarbron reprit connaissance, un changement dont il ignorait pour le moment tout, était en train de s’opérer en lui. L’énergie maléfique qui s’était subrepticement immiscée dans son corps corrompait déjà ses organes et tissait dans sa chair les fils maléfiques qui devaient faire de lui le successeur de Maletoth… Quelle ironie ! Aarbron était en passe de devenir la nouvelle incarnation du mal sur Terre et ainsi de prendre la place de son pire ennemi qu’il venait juste de terrasser.

Le cœur d’Aarbron battit soudain plus vite… ses mouvements semblant plus incertains qu’auparavant. “C’est sûrement le choc !”, se dit-il intérieurement pour se rassurer. Pourtant, avant d’être projeté en arrière, il avait cru distinguer quelque chose qui le percutait… mais quoi ? Dans le doute, Aarbron se dit qu’il avait dû rêver et que tout ceci n’était qu’une des conséquences de son combat avec Maletoth, un quelconque choc post-traumatique, un cri d’alarme que lui enverrait son corps pour l’alerter qu’il était extrêmement fatigué et qu’il devait au plus vite prendre du repos.

Sur ce point, Aarbron ne se trompait pas beaucoup, car son corps, tout du moins la part encore humaine de lui tentait effectivement de l’alerter, mais Aarbron était à mille lieues de se douter de ce qui se tramait en ce moment à l’intérieur de lui, de la lutte effrénée, du combat d’ors et déjà perdu entre lui et la bête qu’il avait été et qu’il redevenait lentement…

Il lui fallait se calmer et se rafraîchir. Il se dirigea alors vers un fin ruisseau dont le filet d’eau clair de la taille du poing serpentait innocemment sur le sol fertile de la plaine. Il plongea ses mains tremblantes dans l’eau délicieusement fraîche et les retira en formant une coupe grâce à laquelle il comptait bien se désaltérer. Mais tout à coup, un reflet horrible s’imposa dans l’eau qu’il portait à sa bouche, l’image monstrueuse de son ancien lui, de son lui d’avant, lorsqu’il n’était qu’un esclave au service de la bête, une brute épaisse et accessoirement le meurtrier de son propre peuple… “Impossible !”. D’instinct, Aarbron bondit en arrière et se redressa le souffle court. Reprenant ses esprits, il refit quelques pas vers le ruisseau, se pencha prudemment, se préparant à contempler son propre reflet. “Ouf…”, il était lui-même, rien n’avait changé ; tout ceci n’était qu’un mauvais souvenir, le relent de son ancienne vie qui pendant un moment de faiblesse physique, en avait profiter pour se rappeler à lui. Décidément, cette journée n’avait pas fini de lui réserver des surprises. Oubliant déjà cette mésaventure, Aarbron s’agenouilla à nouveau au bord du ruisseau et but quelques gorgées d’eau claire.

Il était temps de partir. Aarbron se sentait maintenant suffisamment en forme pour faire quelques kilomètres de marche. Il pensait à sa soeur, à son petit neveu et au bonheur qu’il allait pouvoir goûter en leur compagnie. Lui qui se croyait libéré de tout. Mais Aarbron se trompait. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il n’était déjà plus vraiment lui-même. Oh ! Extérieurement son apparence était encore la même, mais intérieurement, une partie de ses organes avait déjà été digérés et remplacés par le mal qui le rongeait.

Heureux, Aarbron se mit en route. Cette fois-ci, il allait vers le sud. Le sud, où il comptait bien mener une existence paisible…

À suivre…

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