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Shadow of the Beast IV

Deuxième partie

Aarbron voyagea longtemps. Après avoir laissé derrière lui les montagnes sacrées de Karamoon, il contourna par l’est le lac rose d’Erthaphelm, haut lieu de pèlerinage pour les ivrognes, dont les eaux liquoreuses étaient exploitées et vendues en fioles dans tous les pays voisins. Il s’y arrêta quelques jours pour goûter au produit de la fermentation naturelle des fruits innombrables bordant les rives du lac qui s’y écoulaient en ruisseaux parfumés et repartit le coeur léger.
Quand il fut sorti de la Forêt aux Perles, délimitant naturellement Karamoon et le royaume multicolore, il remonta le fleuve Elam Dinn. Il n’était à présent plus très loin du terme de son voyage, les terres arides où sa famille avait toujours vécu, et où sa soeur Elana habitait encore la petite masure dans laquelle Zelek s’était emparé de son fils Irsion.

Les souvenirs du combat avec Zelek dans son lugubre château semblaient à présent si loin pour Aarbron, de l’ordre du cauchemar ayant eu malgré tout une fin heureuse, puisqu’il avait pu libérer Irsion et le ramener à Elana. Néanmoins, aussi brumeux que puissent lui paraître ses souvenirs, Aarbron portait encore dans sa chaire les traces de son combat avec le sorcier noir de Karamoon, une terrible cicatrice qui lui barrait la poitrine.

Sans trop y penser, Aarbron glissa sa main droite dans l’encolure de sa veste et suivit machinalement du bout des doigts le long sillon de sa blessure. Mais la sensation était différente et Aarbron émergea à contre-coeur de ses pensées; c’était comme si la profonde cicatrice avait réduit en peu de temps. Elle avait été une profonde entaille, mais aujourd’hui il lui était difficile en la palpant d’en redécouvrir les reliefs. Une surprenante régénération des tissus qu’il mit sur le compte de sa forme physique actuelle et accessoirement sur les effets secondaires occasionnés par l’absorption en quantité des eaux de vie du lac. Il sourit légérement à cette pensée, car sa dernière virée en galante compagnie près des rivages d’Erthaphelm l’avait laissé sur le carreau. Il avait émergé un jour plus tard, dépouillé et nu comme un ver…

Malgré tout, il lui semblait que son long voyage l’avait encore endurci. Certes, pour payer son voyage, il avait dû accepter de participer aux tâche les plus ingrates et qui généralement réclamait de la force et une grande endurance. Qu’il ait à charrier des pierres aussi lourdes que lui pour la reconstruction d’une cité ou à s’improviser bûcheron lors de sa traversée de la Forêt aux Perles, il n’avait pas le souvenir d’avoir auparavant effectué de tâches aussi dures tout en y prenant en quelque sorte du plaisir. Oui, il ne se l’avouait qu’aujourd’hui, mais après son combat avec Maletoth, il avait progressivement pris plaisir à repousser les limites que son corps s’était toujours évertué à lui imposer. Maintenant qu’il y pensait, cette force nouvelle s’était accompagnée d’une humeur changeante. Il avait de plus en plus de mal à gérer la présence d’autres hommes forts dans son voisinage et ne perdait désormais plus une seule occasion de briser quelques mâchoires, et ce, quelque soit la taille et la carrure de son opposant. Concernant les femmes, il avait l’impression de rattraper le temps que lui avait fait perdre ses déboires passés et sa quête. Si les marins sont supposés avoir une femme dans chaque port, Aarbron, lui, les collectionnait dans tous les villages qu’il traversait. Fervent adepte des tavernes et de tout endroit où la bière et le vin frais coulent à flot de barriques bienventrues, il ne perdait jamais une occasion de raccompagner une demoiselle… pour lui conter ses aventures.

A vrai dire, la main toujours posée sur sa poitrine, Aarbron avait l’impression de ne plus réellement être le même homme. Son voyage qui était censé le ramener vers sa soeur et son  neveu était presque passer au second plan, et s’il n’était plus très loin de la ferme familiale, c’était désormais à contre-coeur qu’il envisageait son retour au bercail et la vie monotone sur les hauts plateaux de son enfance.

De toute façon, tout ceci devrait attendre encore quelques jours. Sur la route, il avait entendu parlé de la fête célébrée chaque année dans la ville Derkaran qui consacrait l’homme le plus fort de la région. Encore une occasion pour Aarbron de faire montre de sa puissance et pourquoi pas, de dévoyer quelques donzelles des environs… «le plus possible», chuchota-t-il le sourire aux lèvres.

À suivre…

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